GALATIOTO


Rosario Galatioto, voyageur des chemins intérieurs

Rosario Galatioto, né de parents siciliens installés à Gordes, son père en 1958, sa mère dix ans plus tard, voit le jour à Cavaillon en 1969. C'est à l'occasion d'une visite scolaire du musée Vasarely, alors qu'il a tout juste 8 ans, que s'inscrit en lui l'idée de devenir peintre « pour avoir un château à moi tout seul plus tard ». Il peint et dessine sur table, se contentant d'abord de la classique boîte d'aquarelles, de feutres et de crayons.

Adolescent, il découvre l'œuvre de Jean Deyrolle. À 14 ans, il participe aux ateliers animés à Gordes par Jack Pollock(1) , peint sur son premier chevalet, travaillant sur le motif, expose en 1984 une série de petits formats à la Maison des Jeunes et de la Culture de Cavaillon, et obtient, trois ans plus tard, le Grand prix du public de cette ville. Vers la même époque, il rencontre Yvon Prével(2), avec qui une belle relation se noue et duquel il apprend beaucoup en le regardant travailler. Condamné à rester autodidacte après avoir manqué le concours d'entrée à l'école des Beaux-arts d'Avignon, il ne se décourage pas, bien au contraire, s'intéresse aux œuvres de Corot et à celles d'artistes contemporains comme Eugène Leroy(3) ou le marseillais Gérard Traquandi(4).

Il entreprend peu après, en 1989, ce qu'il qualifie de «  grand raid », en Italie, qui le conduit de Gordes à Turin, puis à Milan, Gênes, sur une mobylette dont il ne manque pas, indice de son attachement aux couleurs, de préciser qu'elle était bleue. Les musées qu'il visite le ravissent ; la Chartreuse de Pavie le bouleverse. Beaucoup plus tard, en l'an 2000, il se dit très impressionné par l'oeuvre violente de Paul Rebeyrolle(5) , expression d'une véritable révolte contre l'injustice, qui lui est révélée par la Fondation Maeght. Un choc qui lui interdit de peindre pendant 18 mois, jusqu'à son mariage avec Laurence, en 2001.

Ce qu'il aime et l'inspire dans le travail d'André Lhote ou celui de Jean Deyrolle, auxquels il dit s'identifier un peu, c'est qu'ils témoignent d'une « entrée en peinture » à l'égal d'une «  entrée en religion  ». Il participe à des expositions personnelles ou collectives à Gordes - la première dès 1987 -, dans la région, en France et à l'étranger - en Suisse, en Belgique, à Londres ou à Tokyo -. La galerie parisienne Regards croisés accueille ses œuvres deux années consécutives, en 2002 et 2003. «  Je me décide à devenir célèbre car je suis déjà heureux  » dit-il en plaisantant.

Rosario Galatioto a suivi une trajectoire plutôt linéaire, cherchant surtout «  une matière juste  », empruntant, dans la forme, tantôt une voie figurative, tantôt une voie abstraite. Il réalise, «  dans le recueillement  », une œuvre assez sombre, travaillant en intérieur, dans son atelier, surtout le soir, mais peignant aussi pendant ses vacances champenoises. Techniquement, il choisit d'abord l'assemblage de matériaux jusqu'en 2007 puis, à partir de 2012, il ajoute à sa peinture à l'huile la pratique du collage.

Claude-Henri Rocquet écrit : «  C'est la pensée de la nuit qui m'a donné la première clef de la peinture de Rosario Galatioto… Si Galatioto représente une montagne noire, c'est qu'il en montre la substance plutôt que le dehors et l'apparence. Il est le voyageur des chemins intérieurs, du dedans, et cette Nuit que je reconnais en lui, c'est la substantielle nuit de l'âme, la nuit intime, spirituelle… La deuxième clef de la penture de Rosario Galatioto me semble être l'enfance, l'esprit d'enfance… L'enfance, ou l'enfant, comme le Petit Poucet, chaussé des bottes de sept lieues, parsème de cailloux blancs, encore empreints de la salive et des confidences des rivières, l'immense contrée des songes et de la nuit… La troisième clef est la peinture elle-même. D'où cette délicatesse des gris, des mauves, ces nuances, ces tons rompus, ces demi-teintes…  »